Venissa (Venise, Italie)

Suivez le campanile...

C’est un petit coin de paradis que l’on serait tenté de garder rien que pour soit. Prenez le bateau au départ des Fondamente Nove en direction des îles du Nord et arrêtez-vous à Mazzorbo. L’endroit n’est pas très grand, c’est un pur plaisir d’en faire le tour. La nature est là, tout autour de nous. Qu’il est bon de marcher en admirant Venise au loin sans rien entendre d’autre que le souffle du vent dans les arbres et le chant des oiseaux : une promenade idéale pour aiguiser ses sens et se mettre en appétit. Pour les combler, rendez-vous à l’emplacement du seul campanile de l’île. Là, derrière un beau mur d’enceinte rebâti en 1727, découvrez Venissa, ses vignes, son potager, son verger… et son restaurant. Venissa, c’est également un petit hôtel qui vous offre la possibilité d’un réveil magique en plein cœur de la lagune vénitienne.

Derrière ce mur, un petit coin de paradis.

La magie opère déjà à la terrasse du restaurant… Le beau temps est au rendez-vous ce jour-là, la température est idéale, la vue est superbe, l’équipe de Venissa est souriante et sait nous mettre à l’aise. Il y a parfois des moments où l’on se sent vraiment privilégié…

Venissa, son campanile et ses vignes. Vue depuis la terrasse du restaurant.

On patiente avec d’excellents gressins, servis tièdes, et la meilleure focaccia que nous aurons l’occasion de déguster durant ce séjour à Venise. Le pain, rarement excellent en Italie, est ici tout frais, croustillant et riche en saveurs. La très bonne eau (Dolomia) n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle provient des Dolomites toutes proches.

Les gressins.

La focaccia.

Tout commence avec une mise en bouche imaginée autour de l’épinard, de l’olive noire et de la crevette. Le ton est donné : la cuisine d’Andrea Klugman est faite de fraîcheur et de délicatesse. Le très agréable prosecco aux jolies notes de poire et de fleurs blanches est produit dans la région de Trévise par les Bisol, propriétaires de Venissa et vignerons reconnus depuis 1542. Ce vin a la particularité de ne contenir aucune trace de dioxyde de soufre, d’où son nom…

Épinards, olives noires, crevettes.

Un vin sans aucune trace de soufre.

De la délicatesse, comme dans la cuisson de cette anguille au vin blanc magnifiée de la plus simple des façons par une association de céleri vert, de blette sauvage et d’huile d’olive. Un très bel accord avec ce pinot gris local aux notes de pomme verte.

Anguille, céleri vert, blette sauvage.

Un vin du Frioul, région toute proche.

Le sommelier nous fera ensuite goûter un vin issu du cépage ribolla gialla, lui aussi fruité et floral, mais beaucoup plus intense en bouche. Un très bon vin, parfait sur le plat de gobbie. Ce petit poisson  à la saveur délicate croustille délicieusement ici et se marie très joliment avec la douce et fine crème d’amande.

Gobbie, amande, citron.

Un vin doté d’une très belle acidité.

Vient le moment des fameux cannelloni aux feuilles de navets garnis de baccalà (brandade de morue)… Quel plaisir ! Et encore un magnifique accord, une explosion sur le kiwi et le citron vert, avec ce beau vin perlant issu d’un assemblage de malvesi et de furmette, aux notes florales et miellées.

Cannelloni, baccalà, feuilles de navet.

Toute la fraîcheur du citron vert.

Le plantain corne de cerf est une des nombreuses plantes cultivées dans le potager de Venissa. Andrea Klugman a eu l’excellente idée de l’associer au turbot et au chou-fleur (méristème croquant et crème onctueuse) dans ce plat parfaitement équilibré, lui aussi très bien marié à un Orto di Venezia, au nez de pêche blanche et de poire bien mûre.

Turbot, chou-fleur, plantain corne de cerf.

Ce vin affiche fièrement son origine...

Pour la petite histoire, l’Orto di Venezia est produit sur l’île voisine de Sant’Erasmo, d’où proviennent les meilleurs légumes de la lagune. Il faut savoir que l’activité viticole n’est pas nouvelle sur l’île, mais qu’elle a simplement cessé au XVIIème siècle. C’est un français, Michel Thoulouze, qui entreprend il y a quelques années de relancer la culture de la vigne à Sant’Erasmo. Pour se faire, il fait appel au vinificateur Alain Graillot qui sélectionne des cépages antiques italiens (malvasia istriana, vermentino, fiano). Afin d’obtenir un vin le plus proche possible de ce que l’on produisait à San’Erasmo autrefois, bien avant l’épidémie de phylloxéra, les plants de vigne ne sont pas greffés sur pieds américains…

On entend souvent dire que l’Orto est le seul vin de Venise. Ce n’est pas tout à fait exact, puisque les vignes de Venissa ne sont pas seulement là pour le plaisir des yeux… Gianluca Bisol a en effet redonné vie à ce vignoble il y a quelques années et produit ici un vin rare, le Dorona, apprécié par les vénitiens depuis le XVème siècle.

Les vignes de Venissa et les Dolomites au loin (non je plaisante, ce sont des nuages...).

Le temps des douceurs est déjà arrivé. En voici un petit avant-goût avec cette délicate crème au romarin et à la fleur d’acacia, à peine sucrée…

Avant-goût (légèrement) sucré.

Les desserts d’Andrea Klugman sont toujours frais et légers, comme en témoigne cette superbe composition d’agrumes : le pamplemousse, la mandarine, l’orange sanguine et le citron n’ont jamais été aussi gourmands.

« Agrumi e agrumi ».

Pour terminer le repas avec un verre de vin de la famille Bisol, le sommelier nous propose un passito (« Duca di Dolle ») à la robe vieil or et aux reflets orangés, au nez très rancio, sur les zestes d’orange et le caramel. Un très bon vin, peu sucré et rafraîchissant, parfait après le dessert.

On n'est pas bien là ?

Framboise, chocolat et noisette...

Venissa est décidément un petit coin de paradis, à tous les niveaux. Un cadre magique, une cuisine pleine de poésie : tout est propice au rêve et à l’oubli ici. L’oubli qu’il faudra un jour revenir sur le continent… Mais en attendant, empruntons la petite passerelle reliant l’île de Mazzorbo à celle de Burano, promenons-nous, dévorons ces couleurs et continuons de rêver…

Les magnifiques couleurs de Burano.

Venissa

 

Fondamenta Santa Caterina, 3
30170 Isola di Mazzorbo
Venezia

Tél : +39 041.52.72.281

www.venissa.it

Fermé le mardi.

Menus : 75 € et 95 €

Carte : environ 80 €.

3 réponses pour “Venissa (Venise, Italie)”

  1. Magali
    17 juin 2014 à 16 h 54 min #

    Superbe reportage plein de poésie… et qui donne sacrément envie d’aller sur place. Mais évitons la déferlante touristique et laissons encore ce lieu un peu caché. Par contre, je suis littéralement amoureuse des gobis (comme nous disons à NICE) qui sont des amours de poissons tellement fins et que l’on ne met que trop souvent dans la soupe de poissons sans savoir qu’ils peuvent être excellents cuisinés comme il se doit. Je parle en connaissance de cause : je les ai pêchés (quelquefois assez gros un vrai délice) et les ai cuisinés ! Merci pour le dépaysement de votre balade vénitienne !

    • Baptiste
      18 juin 2014 à 15 h 06 min #

      Merci à vous Magali :)

  2. papillon
    28 juillet 2014 à 18 h 51 min #

    Cet endroit est de toute beauté et les mets ont l’air somptueux.
    Merci pour le partage.

Un avis ou un commentaire ? C'est ici !