L’Opéra (Paris 9ème)

Le cadre.

Charles Garnier l’avait déjà imaginé : installer un restaurant au cœur de son magnifique opéra. Il aura fallu attendre 136 ans pour que ce souhait prenne vie. C’est à l’architecte Odile Decq qu’a été confié cette mission, avec comme principale contrainte de réaliser un ouvrage réversible, dont la construction ne nécessiterait aucune dégradation de ce lieu classé monument historique. Ce décor sur-mesure, moderne et élégant, épouse ainsi les formes de la salle, dédiée à l’origine à accueillir les spectateurs arrivant en calèche. Personnellement, j’aime beaucoup le résultat. J’avais déjà eu l’occasion d’y déjeuner l’année dernière, et j’avais beaucoup apprécié le calme et la sérénité qui se dégageaient des lieux, mais aussi et surtout ce que j’y avais dégusté ! Il était donc temps que je revienne à « L’Opéra » pour voir si rien n’avait changé.

Le cadre : vue sur la rue Halévy

Aujourd’hui l’ambiance est différente. L’agréable lumière naturelle inondant la salle laisse place à une ambiance tamisée : je viens dîner. L’endroit est toujours agréable, un vrai refuge dans ce quartier animé et bruyant. Les fauteuils rouges sont toujours aussi confortables, mais les belles nappes blanches ne sont plus sur les tables. Dommage !

Le cadre.

Un point sur « les toilettes du futur » : amusantes la première fois, mais vraiment pas pratiques. Il fait carrément noir dans les toilettes (du coup, elles sont sales) et le lavabo design changeant de couleur est dans sa conception dépourvu de robinet. Un véritable sketch pour tous les clients qui découvrent le système…

« Le lavabo du futur ».

Revenons à ce qui nous intéresse le plus ici : le contenu des assiettes. C’est Christophe Aribert, chef doublement étoilé du restaurant « Les Terrasses du Grand Hôtel », à Uriage, qui signe la carte de « L’Opéra ». Yann Tanneau, récemment récompensé par un Gaut & Millau d’Or, en est le chef exécutif. Tous deux ont en commun des origines bretonnes, qui ont souvent tendance à les inspirer dans leur cuisine.

Le cadre : la mezzanine.

La carte des vins comprend de bons domaines et des valeurs sûres à des prix corrects (d’un facteur 3 par rapport au prix du commerce, ce qui encore raisonnable pour moi dans un tel restaurant). On pourrait néanmoins reprocher à ces bouteilles d’être parfois un peu jeunes, et on regrettera l’absence de vins « découvertes », sortant des grands classiques dont on a l’habitude. J’opte en entrée pour les Saint-Jacques rôties accompagnées de bar de ligne fumé, autour desquelles est versée sous mes yeux une crème de cresson. Je suis assez surpris par le dressage de ce plat. Les Saint-Jacques et le bar, à la cuisson et au fumage bien maîtrisés, semblent un peu perdus au milieu de tout ce cresson, qui manque d’ailleurs un peu de sel, et de goût (trop de crème ?). L’équilibre des textures n’est à mon avis pas respecté dans cette entrée. Une petite verrine de crème de marron, un peu trop froide, accompagne le plat. C’est bon et cela se marie bien avec les Saint-Jacques et le bar. Je suis plus réservé en ce qui concerne le mariage avec le cresson. Notons au passage que le pain est frais et savoureux.

Saint-Jacques rôties, cresson mis en crème, bar de ligne fumé et pousses de salade.

Crème de marron, accompagnant le plat.

La pintade pochée et sa purée de courge butternut ont meilleure allure. Très belle texture de la pintade, moelleuse et ferme à la fois. Sous le lit de frisée se cachent de bonnes châtaignes entières arrosées d’un jus au goût très plaisant. La purée de butternut est goûteuse et parfaitement salée. Petite réserve pour les pommes dauphines qui devraient être croustillantes à l’extérieur et dont l’intérieur manque de sel, ainsi que pour ce pauvre petit poireau, décoratif et sans grand intérêt gustatif.

Pintade pochée rôtie, courge butternut, châtaigne, jus et sauge.

Le dessert est axé autour d’une délicieuse crème de marron, très peu sucrée, au goût original, dense et contenant de petits morceaux de marron glacé. Tel un millefeuille, le « craquelin » au goût légèrement salé rehausse encore le marron, et s’associe à merveille dans sa texture à la crème en craquant sans s’émietter. Une quenelle de sorbet au yaourt équilibre parfaitement le sucre de ce beau dessert et lui apporte une touche de fraîcheur bienvenue. Un grand bravo au chef pâtissier, Jocelyn Meurant !

Craquelin, crème légère de marron, sorbet yaourt et marron glacé.

Même si la qualité de la représentation de ce soir ne fût pas celle de la saison passée, « L’Opéra » demeure un endroit magique, très parisien, où l’on sert une belle cuisine. Pour une première fois, je vous invite à venir le découvrir à l’occasion d’un déjeuner pour l’agréable lumière dont je vous parlais, et profiter des prix plus doux du « menu du marché ».

La façade de l'Opéra Garnier, de nuit.

L'Opéra

 

Place Jacques Rouché

75009 Paris

Tél : 01 42 68 86 80

Site : www.opera-restaurant.fr

Ouvert tous les jours.

« Menu du marché » : 36 € (de 12h à 15h et de 18h à 19h).

Carte : 50-60 €

Une réponse pour “L’Opéra (Paris 9ème)”

  1. Nico
    5 mars 2013 à 16 h 57 min #

    Très bonne adresse que je connaissais pas (et pourtant je passais tous les jours devant) que j’ai découvert grâce à vous. Merci.
    Surtout je dois signaler l’excellent rapport qualité/prix. On retrouve toutes les saveurs des produits dans les assiettes, avec toutes la magie d’un coté, mais également les petites imperfections de la vraie cuisine.
    Les entrées entre 9 et 15 euros, les plats entre 20 et 30 euros. Ce restaurant est nettement moins cher que les restaurants équivalent.

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