Le Jeu de Quilles (Paris 14ème)

Le Jeu de Quilles a pour voisin direct un certain Hugo Desnoyer... Tout un programme !

Le Jeu de Quilles est un petit bistrot qui se situe rue Boulard (il fallait le faire !), dans un quartier où les bons produits ne manquent pas (à deux pas du marché de la place Jacques Demy, et de nombreux très beaux commerces dont la fameuse boucherie d’Hugo Desnoyer, voisine directe du restaurant). Dans un environnement aussi privilégié, on se dit qu’il serait dommage que le contenu des assiettes ne soit pas à la hauteur… De l’extérieur, Le Jeu de Quilles ne paie pas de mine. Une devanture très sobre, quelques tables sur le trottoir pour les beaux jours. Rien n’affiche la couleur de ce qui nous attend. Une fois à l’intérieur, tout change. L’accueil est amical, souriant et décontracté. La salle, sur laquelle s’ouvre la cuisine, est toute petite et joliment décorée. Quelques produits d’épicerie fine sont proposés à la vente (pâtes italiennes artisanales, sardines, huiles d’olive). Malgré la promiscuité de l’endroit et la faible distance entre les tables, on se sent tout de suite à l’aise au Jeu de Quilles. Un peu comme si on était à la maison. Les très beaux couteaux disposés sur la table, signés Perceval, font bonne impression…

Le cadre.

Indice de confiance supplémentaire : la carte, comprenant une douzaine de plats (entrées, plats et desserts) change chaque jour, et donne vraiment envie. Voyez-plutôt : « maki de veau sous la mère, speck et burrata », « agneau de lozère, fregula sarde et pied de cochon » pour les viandes, mais aussi « dos de cabillaud français servi en bouille » côté poisson et « salade de kumquat et dernières clémentines corses » pour le dessert. Quand on sait que les viandes proviennent de « chez le voisin », c’est-à-dire la boucherie d’Hugo Desnoyer, il est difficile d’y résister… Je fais donc un choix simple, cela sera un faux-filet. Mais en relevant encore un peu plus mon niveau d’exigence, compte-tenu du prix facturé pour ce plat à la carte (30 €).

En attendant, un peu de légèreté avec un produit bien de saison : de très belles asperges des Alpilles. Légères, mais diablement gourmandes, puisque délicatement poêlées au beurre aux algues Bordier (s’il-vous-plaît), et accompagnées de très fines tranches de lard de pata negra, fondant en transparence sur les asperges chaudes (qui conservent leur texture ferme et croquante). Un vrai délice.

Asperges vertes des Alpilles poêlées au beurre d'algues et lard de pata negra.

Le bonheur se prolonge ensuite avec du bon pain juste tiédi qui me permet de ne laisser aucune trace du magnifique beurre aux algues…

Le bon pain tout chaud.

Après une telle « mise en bouche », la suite s’annonce prometteuse. Changement de couverts pour un nouveau couteau Perceval, à viande cette fois. On ne rigole plus.

Le superbe couteau de table Perceval (bien aiguisé !).

Le faux-filet (viande de vache limousine, et non de génisse, maturée au moins 20 jours) est servi saignant, comme de bien entendu ! Sur un lit de pommes grenailles, simplement, mais bien cuisinées. Alors cette viande ? Parfaite. Que dire de plus ? Soyeuse, et goûteuse. Très goûteuse. Rien à voir avec le faux-filet classique qu’on peut déguster dans d’autres bistrots. Ici la qualité saute aux papilles. Et on oublie (assez) vite le prix du plat, d’autant plus que ce dernier est très copieux ! Pour l’accompagner, on me propose un verre de saumur rouge (domaine de La Paleine 2008, cuvée Tamino), bien fait mais un peu triste si on le boit pour lui-même. Avec la viande en revanche, il se révèle être un allié de choix sur le plan des textures, et laissant libre place aux subtiles notes carnées du faux-filet.

Faux filet de boeuf limousin du voisin.

Les clients sont de plus en plus nombreux. Ils ont l’air heureux. Les assiettes défilent, et grâce à cette belle promiscuité, je peux apercevoir tout ce que je n’ai pas commandé et donc ce que j’ai loupé ce soir… Tout me fait envie : encore un bon signe, non ?

Mon envie de printemps ne s’arrête pas au choix des asperges : je choisis les premières fraises des Alpilles en dessert. Parfumées et délicates, dommage qu’elles soient servies si froides ! La chantilly est maison, mais elle manque un peu de densité, d’onctuosité et de volume. Les morceaux de pistaches, d’amandes et de pignons sont trop fins pour être croustillants. On aimerait un peu plus de croquant.

Des produits d’exception, des assiettes simples mais pleines de saveurs, une ambiance chaleureuse  : le Jeu de Quilles est assurément une belle adresse.

Premières fraises des Alpilles, chantilly, pistaches, amandes et pignons.

Le Jeu de Quilles

 

 

45, rue Boulard

75014 Paris

Tél : 01 53 90 76 22

Ouvert tous les jours sauf le lundi. Dîner à partir de 20h.

Carte : 45 €

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