Le Jardin des Plumes (Giverny)

Le jardin et la maison de Monet à Giverny.

J’aime le Vexin, ses paysages préservés, ses bois, ses clochers, ses champs de colza et ses magnifiques petits villages pleins de charme : Wy-dit-Joli-Village, La Roche-Guyon, Guiry-en-Vexin, Théméricourt, Jambville ou encore Enfer, qui porte si mal son nom… Nombreux sont les peintres à s’être inspirés de la beauté de cet endroit à la lumière si particulière. Parmi eux, Claude Monet, qui résidait à Giverny. Le jardin magnifiquement fleuri et l’étang aux nymphéas rendus célèbres grâce aux toiles de l’artiste sont toujours là. Les oiseaux ne sont pas les seuls à chanter dans cet endroit, les grenouilles s’en donnent aussi à coeur joie ! Un autre artiste amoureux du Vexin s’arrêta un jour à Giverny. Il eût un coup de coeur pour une jolie maison et décida de la transformer en petit hôtel-restaurant : un peu moins de dix ans après La Mare aux Oiseaux, Eric Guérin créa Le Jardin des Plumes.

Le Jardin des Plumes.

« De la sincérité, de la simplicité, des goûts justes, des couleurs, une proximité, un soin dans l’accueil et l’assiette » : voilà ce que nous promettait l’équipe du restaurant sur son site internet. Cette promesse fût belle et bien tenue… et même au-delà…

C’est à Nadia Socheleau et Joackim Salliot, deux anciens de La Mare aux Oiseaux, qu’Eric Guérin confia respectivement la responsabilité de la salle et des fourneaux de sa belle demeure givernoise. L’accueil de Nadia, chaleureux, courtois et naturel, nous met tout de suite à l’aise. Nous ne serons d’ailleurs pas surpris d’apprendre que Nadia a également occupé le poste de maître d’hôtel à l’Arpège, où le service est d’un très haut niveau.

Le cadre.

C’est Michèle Guérin, la maman d’Eric, qui s’est chargée de la décoration. Elle a su apporter à cette belle demeure de 1912 une touche de modernité sans rien lui ôter de son cachet d’origine. En levant les yeux, on peut admirer le beau lustre de plumes en verre de Murano… on se prend alors à rêver à notre prochaine escapade gourmande (à suivre sur le blog…).

L’appel de Venise...

Carte blanche au Chef pour un déjeuner en cinq séquences.

Rillettes de poulet, petit cake aux olives.

On se met très vite en appétit avec d’excellentes rillettes de poulet et un petit cake aux olives kalamata. Tout en simplicité et en goûts justes… à l’image de ce petit pressé de tête de veau accompagné d’une mousseline de panais et d’une exquise marmelade de clémentine acidulée.

Pressé de tête de veau, mousseline de panais et vinaigre de clémentine.

Mention spéciale pour le pain fabriqué sur place : excellent, seul ou accompagné de beurre demi-sel de la maison Bordier.

Pain maison et beurre Bordier.

Et puis il y a le jaune d’oeuf fumé, présenté dans sa coquille, que l’on nous invite à verser sur son nid d’espuma de pomme de terre et d’encornets grillés. Un espuma peut-être un peu trop dense pour être qualifié comme tel, mais qu’importe puisque l’on se régale.

Jaune d’oeuf fumé, espuma de pomme de terre et encornets grillés. Etape 1.

Jaune d’oeuf fumé, espuma de pomme de terre et encornets grillés. Etape 2.

Thon blanc germon cru, guacamole, balsamique à la pomme. L’ensemble fonctionne divinement. Le thon est extra, fondant et savoureux à souhait. La purée d’avocat et la pomme acidulée se combinent merveilleusement l’une à l’autre pour former avec le thon un accord surprenant, rafraîchissant, et tout à fait délicieux.

Thon blanc germon, guacamole et balsamique à la pomme.

Et le vin ? Au premier coup d’oeil sur la formidable carte des vins, on sent que l’on a affaire à un sommelier passionné. Francesco Occulto aime partager son amour du vin. Partager, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous avions rarement rencontré un sommelier aussi passionné et aussi désireux de faire plaisir à ses clients. Et Francesco a très vite compris que lui aussi avait affaire à des amoureux du vin… Nous qui ne comptions boire qu’un ou deux verres, nous étions sans le savoir partis pour une séance de dégustation d’exceptionnels vins de vignerons aux productions très limitées (moins de 600 bouteilles pour certains !). Car comme tout bon sommelier, Francesco ne passe pas tout son temps en salle et parcourt les vignobles où il tisse des liens forts avec certains producteurs. Ceci lui permet de proposer à ses clients de vraies petites merveilles à des prix tout à fait raisonnables. Pour accompagner le thon, Francesco nous propose un blanc au joli nez de poire, de fleurs blanches, évoquant un blanc du sud par son intensité d’expression. Sa bouche est équilibrée, moyennement concentrée, assez minérale et s’étire sur une finale assez puissante aux fragrances de poire et de cire. Francesco nous surprend en nous dévoilant l’étiquette : nous sommes en territoire ligérien et il s’agit de chenin ! Un vin excellent sur le thon comme sur le plat suivant…

Jasnières, Christine de Mianville, cuvée « Chant de Vignes » 2011.

Le turbot est cuit à 68°C à basse température et cela se voit : la cuisson est exceptionnelle. Un lit de riz noir Vénéré le sépare d’un bouillon de pot-au-feu versé à la dernière minute : quelle merveilleuse idée ! Les délicieux parfums de légumes et de viande du bouillon apportent au poisson et au riz un irrésistible côté gourmand, sans alourdir le plat.

Turbot, riz noir Vénéré et bouillon de pot-au-feu.

On continue de se régaler avec un filet mignon de porc, cuit comme il faut, avec son jus au raisin délicatement parfumé et sa fine mousseline de chou-fleur. Le plus qui fait toute la différence ? Ces éclats de noisettes, dont les parfums se marient très bien au plat et qui lui apportent du croustillant.

Filet mignon, jus au raisin, mousseline de chou-fleur et éclats de noisettes.

Francesco a les yeux qui brillent. Il tient à nous faire découvrir un autre vin. Son nez est à la fois gourmand, avec des notes de mûre, et élégant, par son côté floral. C’est très frais. La bouche est peut-être encore plus élégante que le nez, avec de la matière, plus concentrée qu’on pourrait le penser au premier abord tant les tanins sont soyeux. La finale s’étire tout en finesse. Un vin magnifique… Incroyable que la terre Corse si ensoleillée puisse produire un vin si élégant et d’une telle finesse !

Francesco Occulto.

Domaine U Stiliccionu, cuvée « Sottu Scala » 2013.

C’est déjà l’heure du dessert, avec cette tarte au citron revisitée avec un zeste de sudachi, cousin du citron vert originaire du Japon. Sous une coque de chocolat blanc se cache une fine pâte sablée et une généreuse couche de crème citronnée. Au centre de l’assiette, la crème glacée au chocolat blanc, fond lentement dans une poudreuse de biscuit meringué, pour notre plus grand plaisir.

Tarte citron, éclats de meringue et kumquat confit.

Les douceurs continuent grâce à Francesco, qui a astucieusement préféré attendre que l’on ait terminé notre dessert pour nous proposer un vin sucré. On commence avec une rareté, un liquoreux de Chinon produit à partir de passerillage de pinot gris ! Un très beau vin, assez minéral et semblant peu sucré, alors que son taux de sucres résiduels est élevé.

Chinon, Béatrice et Pascal Lambert, cuvée « Maëlys » 2009.

La table d’à côté fêtant un anniversaire dans une belle convivialité, Nadia nous propose de passer au petit salon sous la véranda pour continuer à déguster notre vin au calme.

La véranda.

Francesco nous fera découvrir un dernier vin avant le café, là encore une rareté : un sauvignon de Touraine élevé sous voile. Un vin au nom amusant et au nez puissant, brut, sur la noix et la cire, épicé, semblable aux vins oxydés du Jura. Un vin d’une très grande puissance aromatique en bouche, d’une finale de très grande longueur rappelant les armagnacs ou certains whiskies. Une très belle découverte !

Les vignobles des Bois Vaudons, Tu le boa 2005.

C’est au moment du café que l’on se souvient que le métier de sommelier n’est pas sensé s’arrêter au choix des vins. Francesco a fait appel à Hippolyte Courty de L’Arbre à Café, et propose un magnifique espresso aux notes de caramel et de fruits rouges préparé dans les règles de l’art sur machine Marzocco à partir d’un café cultivé en biodynamie dans la réserve naturelle de Mudumalai, en Inde. Un vrai bonheur…

Un merveilleux café.

Puis vient le moment de régler l’addition et de s’apercevoir que parmi tous les vins dégustés, seul le verre de vin blanc que nous avions commandé en début de repas a été facturé ! Un très beau geste… On l’a promis à Nadia et à Francesco : la prochaine fois (très prochaine), c’est nous qui leur ferons découvrir de jolis nectars ! Ce sera aussi je l’espère l’occasion de rencontrer et de féliciter le chef Joackim Salliot.

Après une si belle expérience au Jardin des Plumes, l’envie de découvrir la cuisine d’Eric Guérin à La Mare au Oiseaux, située dans un autre magnifique parc naturel, est encore plus grande… Ce n’est désormais plus qu’une question de temps !

Un jardin extraordinaire qui porte bien son nom...

Le Jardin des Plumes

1, rue du Milieu

27620 Giverny

Tél : 02 32 54 26 35

www.lejardindesplumes.fr

Fermé le lundi et le mardi au déjeuner.

Menus : 29 € (déjeuner semaine), 39 € (3 plats), 62 € (5 plats), 82 € (7 plats).

Carte : environ 65 €.

3 réponses pour “Le Jardin des Plumes (Giverny)”

  1. magaleth
    14 mai 2014 à 20 h 13 min #

    Superbe compte rendu mais je m’interroge toujours sur l’utilisation du chocolat blanc. Déjà que je ne suis pas dessert et sucre, la présence de chocolat blanc me laisse perplexe. Rien de « chocolat » là-dedans. Que du gras, pas de goût… Mais c’est un avis personnel ! Encore merci pour votre CR !!

    • Baptiste
      14 mai 2014 à 20 h 27 min #

      Merci Magaleth ! On est d’accord, le chocolat blanc, ce n’est pas du chocolat :) La crème glacée était très peu sucrée, et la coque en chocolat blanc était très fine. Plus que du goût (volontairement assez neutre pour laisser la place au citron), elle apportait ici un effet de texture.

  2. Claire
    22 mai 2014 à 14 h 59 min #

    Merci pour ce compte rendu, j’ai tellement tellement envie d’aller voir ce restaurant !

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